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LEXIQUE ROMAN

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DICTIONNAIRE

m LA LANGUE DES TROUBADOURS,

COIVPABÌB

AVÉC LES AUTRES LÁNGUES DE L'EUROPE LATINE.

TOME I.

DE L'IMPRtMERIE DE GRAPELET,

RUE DE VADOItARO, R* 9.

LEXIQUE ROMAN

ou

DICTIONNAIRE DE LA LANGUE DES TROUBADOURS,

AVEC LES AUTRES LANGUES DE L'EUROPE LATINE,

BE HonVELLBS BECHEHCHU IIISTOIlqlIES IT PHILOLOOIIJDES , d'dX EÚDMÌ DE Ul ailMNinB BOMINB,

n'oit noDvEAO «ao« des roáitES oEictnALBS des trodeidodhs ,

ET n'BETHAraS DB roEMES DIVER9}

PAR M. RAYNOUARD,

ii l'imtitot moTAL Di raiRCi (icnBám tcuiàmtt Du uuctnmoM rr ■u.lu-littu)).

TOME PBEMIEIt.

CHEZ SILVESTRE, LIBRAIRE,

AVERTISSEMENT.

LáGATAiRE de tous les ouyra^ littéraires et lexicographiques iaissÀ par M. Raynouard, dont laffection a bien voulu me confier le soin de terminer la publication , ma première pensée, mon devoir le plus pressant a été de remplir les engagements qu'il avait lui-même contractés avec le monde savant , et , avant de publier aes autres ceuvres , quelle que seit leur importance, j'ai songer à poursuivre Timpres- sion du Lexique roman , suite et complément indispen- î«bles de ses immenses travaux sur la langue et les poesies des troubadours.

yj AVERTISSEBIENT.

J'ai d'autant moins hésité dans cette détermination, quun même sentiment de vénération et de piété presque filiale m'assure l'heureux concours de M. Pellissier, et de M. Léon Dessalles, actuellement attaché à la section historique des Archives du royaume; tous deux, après avoir secondé M. Raynouard depuis un grand nombre d'années dans ses travaux lexicographiques^, veulent bien encore me prêter leurs soins et tout leur savoir pour accomplir ensemble une tâche que nous regardons comme une dette sacrée envers la mémoire révérée et chérie de notre iUustre patron.

L'intérét que le Gouvernement et la maison du Roi n'ont cessé de porter aux travaux de M. Raynouard , I'appui dont ils veulent bien encore .m'honorer ; enfìn , les précieux documents que l'obligeance de MM. les conservateurs des

Dans 868 Mánoires, qai ne tarderont pas à paraitre avec 8e8 (^yrea littérairea, M. Raynonard parle avec iin toacbant intérêt de la participatìon qu'ils ont eae l'un et Faatre k 8e8 travaax philologiques; déjà, en 1817, il avait dit à la fin da discours préliminaire du tome H da Chou ou Poásiu oiigimalbs dbs Tboubadovbs *. « Je nonune « avec amitié et reconnaÌ88ance, M. Pelli88ier, qni, depnia cinq ana, étant occupé n auprèa de moi à travaiUer sur la langue romane et sur les poésies des tronbadours , n est facilement parvenu à entendre ia langue, à juger les autieurs, à déchiffrer et à n conférer les manuscrits -, il sera désormais pour moi un zélé, un savant collaborateur. »

AVERTISSElfENT. rij

muniscrits de la Btbliothèque royale cóntìnue de mettre ì ma disposition y tout assure la publication successive et prompte de cet ouvrage , fruit de vingt années de rechercfaes et de méditations profondes , si consciencieusement élabo- rées par la patience du génie.

Lorsqu*une mort inattendue vìnt frapper M. Raynouard et sospendit Fimpression du présent volume , il commençait à jeter les premières idées d'un vaste travail sur l'etude philosophique des langues de l'Europe latine, qui devaít servir de discours préliminaire à cette nouvelle coUection.

Dans ce discours, M. Raynouard se proposait de résumer tous les r^ultats de ses savantes recherches philologiques et (l'indiquer quelques nouvelles découvertes dues à ses infa- tigables investigations. Selon son heureuse habitude, il traça d'abord le cadre de ce travail important et neuf ; par malheur, le temps de le remplir lui manqua.

Cette ébauche , tout incomplète qu'elle puisse être , nous la donnons reUgieusement telle que M. Raynouard l'a laissee, dans la persuasion que ces simples notes contiennent des

l

viij AVERTISSEMERT.

«

aperçus utiles , et avec I'espoir que les personnes formées à la connaissanc^ de la langue romane par ses publications precédentes, pourront y trouver le germe de quelques

travaux profitables à la science.

JUST PAQUET.

Passy-lès-París, i5 févríer i838.

RECHERCHES

PHILOLOGIQUES

SUR LA LANGUE ROMANE

GONSIDERATIONS PRELIMINAIRES.

Elu en 1 807 à 1' Académîe Française et déterminé à remplir ìes deroirs que m'imposait l'admission dans cette compagnie littéraire, j'obsenrai assez long-temps la manière dont elle trayaiUait à cor- ríger et à améliorer le dictionnaire de la langue. J'étudiai , je recherchai ayec patience, les ressources, les moyens capables de doDDer à ce trayail tout le perfectionnement , toute Tutilité que per- mettait d'espérer l'état des connaissances linguistiques qui avaient iàit tant d'heureux progrès en Europe.

Je reconnus , ou je crus reconnaitre que notre langue était peut- être, de toutes les langues modemes, celle qui^ par son ancien-** oetéy par ses yariations successives, offrait le plus matière aux observations philologiques , et qu'il était donc nécessaire de l'étu- dier de plus haut et de plus loin qu'on ne l'ayait fait jusqu'alors.

A mesure que le succès de mes recherches m'éclairait sur ce

point, mes premières idées se confirmaient et s'étendaient progres-

sîvement, ct je restai bientot convaincu que, pour bien apprécier

les mots et les formes granoLmaticales du français actuel , il fallait

1. b

X RECHERCHES PHILOLOGIQUES

avant tout remonter aux origines qu'on ne trouve que dans les langues parlées par les troubadours et par les trouvères.

Je résolus donc de me déyouer à un pareil trayail , en commen- çant par la langue des troubadours , qui me paraissait éyidémment étre la plus anciennemtent arrétée et fixée.

J'ayoue qu'en formant le projet de faire connaitre la langue et la poésie des troubadours , j'étais loin de penser que cette entreprise serait aussi longue et aussi importante qu'elle l'est devenue depuis.

Un petit nombre de volumes devait contenir les principales r^es grammaticales , un choix des ouvrages de ces poètes , et un lexique qui eùt expliqué les seuls mots dilliciles répandus dans ces ouvrages.

J'avais à peine communiqué mon dessein à 1' Académie Française et à r Académie des Inscriptions , que le ministre de la maison du Roi m'invita à lui exposer en détail le plan de mes travaux pro- jetés; je rédigeai, à cet eflfet, un Mémoire qu'il mit sous les yeux de ce prince que les Muses avaient consolé dans son exil , et con« solèrent encore sm le trône ; peu de jours après , le ministre me le rendit en me di^nt que Sa Majesté avait été satisfaite, qu'elle m'engageait à pouì|«suivre cette entreprise , et se chargerait de sul>- venir aux frais néc«^aires à son exécution. Un aperçu de toutes les d^(^Bses convenahlQSÍ me fut demandé ; je fis exécuter des specimen par M. Firmin Didot; toutes mes idées furent acceptées sans aucune restriction'.

Be t816àJ822Ì£publiailes six premiers volumes% dont jedois indiquer sdmmairement le contenu, afin de montrer oomment les

' D^abord il fut qaestion de poblier l'oavrage dans an format in-folio ; je consenre esGore des specimen faits alors comme essais. Ce fat postériearement , et sar ma propre demande , ^c le format in-8° fal adopté.

' Dans le principe , l'ouvrage entier ne devait pas dépasser six volumes, parce qae le lexiqoe n^aorait compris qae les mots des poésies imprimées des troubadoars, mais ensuite je fus aatoríséà étendre ma collection jasqu'à douze voiumes, dont j'ai à pa- Llier les six demiers.

SUR LAlfGUE ROirANE. xj

autm six Tolumes que je publie aujourd'hui ne sont que le com- ýhûmí de rexécution du plan définitÌYement arrété , et s'y rat*

tacfent essentiellement..

Le premier Tolume offre cpielques détails sur l'origine et la for» natbn de la langue rustique romane , une grammaire de cette luigne ayant Tan 1 000 , et une grammaire de la langue des trou- badours.

Après aTOÍr ainsi préparé le lecteur studieux à la cònnaissance de lalangue, j'indiquai dans le second yolume les anciens docu- ments qai lui appartenaient , les divers genres d'ouvrage > de ses poètes , et , par des traductions mot à mot , j& facilitai la lecture <ies poésies mémes des troubadours*

I^ troisième et quairième Tolumes furent consacr^ à la publi- ation de ces poésies , en mettant dans cette publication la forme progressÌTe que l'ancienneté ou le sujet permettait d'admettre : dans le cinquième , j'insérai les biographies de ces poètes , telles qne les manuscrits les foumissent.

Je sentis qu'en publiant ces richesses littéraires , ìl n'était pas UMlìfférentde justifier I'utilité de cette publication , et je crus servir b science , en présentant , dans un tableau exact et presque entiè- ranent neuf , les rapports des langues de I'Europe latine avec celle dont jepubliais la granunaire et les principaux documents poétiques. Tel fnt I'objet du sixième Tolume.

En eomparant la langue des troubadours avec les autres lan- gKs néo*IatíneSy je reconnus bientôt non seulement les rap- ports des mots de ces diverses langues entre eux , mais encore Hdentité primitÌTe de la plupart de ces mots ; dès lors moh plan de b partie lexicographique dut s'agrandir , et , au lieu d'une simple explication des termes employés par les troubadours , je jugeai in- <hspensable d'embrasser la langue romane dans tout son ensemble et de démontrer la sorte d'identité qui aTalt présidé à la lexico- gnphie de chacune des langues de FEurope latine , soit entre elles ioit aTec la langue des troubadours , la romane prOTcnçale.

xij REGHERGHES PHILOLOGIQUES

Ici se préseniait un genre d'amélioration qu'il ne m'était pas permis de dédaigner. Pour établir d'une manière aussi instructÌTe qu'éyidente ces rapports lexicographiques des six langues ,nÀ>- latines^ je ne devais plus me borner àun dictionnaire alphabétîque, il fallut adopter une forme plus rationnelle j et qui ofTrlt tout de suite le résultat de ces rapports. Je me décidai donc 1 °. à placer les mots romans par ordre de racine , de famiUe , d'analogie ; 2^. aprè^ avoir exposé la dérivation ou l'étymologie j à indiquer les mots analogues des autres langues néo-latines.

Ge trayail était immense ; on pom^a en juger par le résultat.

])epuis la publicatìon des six yolumes du Choix des Poésies ori" ginales des Trouhadours, j'ayais établi tant d'honorables corres- pondances , reçu tant de secours littéraîres , que je n'hésitaî plus a étendre mon trayail sur l'ensemble de la langue romane dans tous ses rapports lexicographiques; le laps de temps qui s'écoula depuis que je repris en sous-oeuvre mon premier trayail , et qui se prolongea encoi'e par des événements qui privèrent mon entreprise des en- couragements jadis accordés par le ministère de la maison du Roi , me fôurnit l'occasion d'appliquer des soins longs et assidus à l'exé- cutioìi du t^ouveau plan que j'avais adopté.

L'édition du premier Ghoix étant épuisée, je crus utile à la scîence de faire précéder ce vaste lexique par de nouvelles con- sldératfons sur la langue, sur sonutilité, sur sa grammaire, etc. , et surtout par diverses pièces des troubadours, qui devenaient le complément nécessaire de la premièi^ publication , quoique cepeudant rensemble de ce travail dût former un ouvrage complet en lui-méme qui pût suffire aux études des personnes qui ne pos- séderaient pas déjk ma première collection.

Ge nouyeau recueil contient à la fois des pièces de divei's genres quî n^avaient pu être insérées dans la première coUec- tion^.€t de plus, de longs extraits des romans et poêmes que j'dvais seutement indiqués. Cette paitie sera> je l'espère, accueil-

SUR LA LANGUE ROMANE. xiij

Ue avec intérét par les studieux amateurs de la littérature du moTeii âge*

Jc ferai précéder ce nouveau choix de poésies :

i\ De quelques obseryations hìstorìques sur la langue rustique romaneytypeprimitify centre conunun des six langues^e TEurope btine '.

^*. Après avoir rappêlé les faits historiques qui prouvent la filiatíon des langues néo-latines^ j'oífrirai quelques observations sur 1 etude philosophique des langues.

3*. Ce travail sera suivi de Fexposé des motifs quí doivent porter k$ littérateurs à étudier la langue des troubadours , aíin de mieux oonnaitre et de mieux apprécier les autres idiomes néo-Iatins.

4*. Enfin y je donnerai \m résumé des règles grammaticales de la langue des troubadours , de la romane provençale , en y ajou- tant quelques observations nouvelles sur divers points gramma- ticaux, pour préparer à la lecture et à I'intelligience des nouveaux documents poétiques que je publie. . .

OBSERVATIONS HISTORIQUES SUR LA LANGUE ROMANfi,

II est reconnu aujourd'hui que la romane rustique se forma de la corruption de la langue latine, que I'ignorance de ceux qui par- iaient encore cette langue, à Tépoque de I'invasion des hordes du

' Eq tête da Lexique roman , je placerai une analyse détaìllée des sermenta de 84^ , qoi pernftettra de reconnaitre les identìtés nombreuses qne les expressioiis de ces ser- oents présentent avec les roots corcespondants de ces six langues.

Sans doute il n'en faudrait pas davantage poor convaincre de l'i^Ientité primitivc d0 oes diverses langues, quiconqne observerait sans próoccupation ces mots nombreux, •oit dérivés du latin , soit empruntés à det iaiigues étrangères de Tépoque et restés ^ns les Tocabalaires néo-Iatins.

Cependant, poar ajooter à la conviction, j'al choisi environ seize cents roots, soit dmvés da latin, soit empruntés à des idiomes étrangers, qni, se retroavant identi- q^mnent dans les aix langues néo-latioes, attestent d'aoe manière incontcátable cettc conunanauté d'origine.

xív REGUERGHES PHILOLOGIQUES

Nord^ et leur mélange .ayec ces hordes, modifièrent d'une ma- nière spéciale , par suite de laquelle le nouyel idiome aoquit un caractère distinct d'individualité. On oonvient également que , selon les circonstances et le besoin, ce nouvel idiome sut s'appro- prier les mots endémiques , restes des langues nationales pstrlées dans le^pays, avant ou méme pendant la domination romaine', et les mots que les hommes de l'irruption mélèrent au langage qu'ils trouvèrent usité dans les contrées ils s'établirent. Enfin, on admety avec assez de vraisemblance , que l'origine de ce type primitif des langues de l'Europe latine remonte au t;ommencement de notre monarchie , puisqu'il reste des traces de son existence au vi'' et au VII* siècle , et que , dès le viii*^ les litanìes Garoliues en foumissent divers élémentsmatériellement incontestables '•

Mais si l'on ne révoque pas en doute l'existence ancienne de cette romane rustique ^ on n'est pas également d'accord sur son influence et sur l'importance du rôle qu'elle a joué dans la forma- tion des langues néo-latines. Quelque soin que j'aie mis à démontrer la conformité de leurs éléments constitutifs , la concordance de leurs formes essentielles , I'analogie de leurs combinaisons diverses ; malgré les rapprochements nombreux que j'ai établis , les rapports souvent identiques que j'ai indiqués , beaucoup de personnes hé- sitent encore à croire qu'elle fut la source commune de ces dîvers idiomes. Dans cetétat de choses, etpourdétruirejusqu'aumoindre doute , j'ai cru devoir entrçprendre , pour la lexicographie, ce que j'avais essayé defaire pour les formes grammaticales*

Et d'abord, qu'il me solt permis de rappeler ici ce que je disais dans I'introduction à ma Grammaire amnt Van 1 000 , au sujet de quelques anclens vestiges de la romane rustique qu'on trouve çà et dans les auteurs des vi* et vii* siècles : « Je n'attache point (c à ces diverses circonstances , ni aux conjectures qu'on peut en

' H est important de nippeler qae ces UtaAÌes attestat formeUemeDt rexistenoe de la laogue romane à cettc époqQe, même au nord de la France, puiflqu'eUes étsient chantces à Soissons.

StJR LA LAN6UE ROMANE. x\

u tirer , jAm d^importance qu'elles n'en méritent , mais peut-étre « nú^ pas les omettre *• d

Cesl par oe motif que , sans chercher à tirer aucmie înduction èts paroles prononcées par un des soldats de Commentiolns *, qui lODt évìdemment romanes par leur composition lexicographique , qae méme, sans m'arréter au mot dáras ^, qu'on ne peut contester à ridjome roman , puisqu'il a été constamment employé par tous les aatears qoi depuis ont écrit dans cet idiome, je me bomerai à appe- ler rattentfoíi sur denx passages des litanies Garolines que j'ai déjà ciié» ^y ou. VRO N08 et Tu Lo JUVA. Cc Nos au lieu de nobis , répété JQsqa'ai qoatre fois dans le texte ^ ce lo qni s'y trouTe reproduit boít ibisconsécutÌTes^ appartenaient incontestablement à la romane riBtíqiie^. De sorte qu'k ne considérer que ces deux pronoms

' Chmx dts Poésies originales des Troubadours, tome I, page xi.

* TOUIA , TDUIA , FAATU, IBTOIMA. Ibid. , page ▼ÌÌj.

* Ibid,, p. xj et 71«

* Cei litanîes , cbantées sous le règne de Charlemagne, comme leur nom le fait aaa eomprendre, se dÌTÌsaient en deux parties *. dans la première, le dergé invoqnait U Yîer^ et I9 saints, et, à chaqne invocation , le people répondait : 01 a rao itos; daos la seoonde, le clergé príait ponr le pape, Tempereor et les memhres de sa Umille, et alors le peupie ajoutait : tu lo juva. Foye%VImirodm€Uon à magram- mmrt avant Tan 1000 , p. viij.

* Le poeme sur Boèce, antéríenr à l'an 1000, commence par nos ; on tronTe plu- sicars fois vo dans nne charte de 947, déposée aux Archives dn royanme , section his- toríqoe, J. 879. Nos ee rencontre également dans les ptns anciens monnments de la langne française et des autres lángues de TEurope latíne. Quant à lo, en voici quelques nemplet qni ne laissent aucun donte snr son emploi :

Tfmtènêm Doaàcs 10 eonciicièreiit im pères et m mère à etcliemir.

DÌMÌegmês de tant Grégoire, Hiet. Ittt. de la Fnrnce, t. Xni , p. 10.

CatdMu. Senbra u> milbor caQiir.

7V. cat, ieìs Auz. eass.

Etfmgmol. Qoe toda U imÌTertidjul de la yente lo ayin por padre , e cada ano lo aya por scnoor,

Fuerojmzgo, |ib. I, 1. 1, S- VIT. PortmgiÊÊ0, 11 ab pof LO eS.

Cmcìou do eoU, doM nohr$s, fol. 91.

b^tm. Vm , clû boooo oea lo dire.

GotTT. D*AllBSO , lett. 111.

xv) REGHERCHES PHILOLOGIQUES

personnels , on trouve dans les litanìes Carolines deux éléments irrécusables de la langue romane ; et de plus y les autres mots ora , PRO 9 Tu , juvA y soht à la foís latins et romans ; il y a donc tout lieu de penser que ces ,mots. étaient aussi . employés dans ces litanies comme éléments de ce dernier idiome.

Après les litanies Carolines/ les serments de 842 sont le do- cument le plus ancien et le plus important ; Fanalyse' exacte de ces serments indique déjà l'influence de la romane rustique sur les lahgues néo-latines. L'examen très détaillé des mots qui y sont employés , et qui précédera le Lexique roman , m'autorìse à croire que les râppOTts identiques que cet examen signale entre les six langues néo-latines^ dont la romane rustique a été le type pri- mitif , ne laisseront guère de place à de solides objectîons ^ surtout si , en les faisant avec franchise , on ne s'en tient pas à des conjec- tures yagues, à des assertions hasardées, à quelques particularités isolées ou minutieuses^ au lieu de s'attacher à l'ensemble de la ques- tion et de fonder son raisonnement sur des faits historiques.

Je ferai une seule observation : poiu^ ajouter à la conviction qae doit produire cet examen^ il suffira de porter une attention sé- rieuse sur les acceptions identiquement unanimes que la préposi*' tion A conserva ou adopta dans les six diverses langues néo-latines \

Quand -on retrouve ces acceptions diíférentes et exactement les mémes dans les six langues, je demande s'il est possible de croire que le hasard seul ait produit une telle concordance , une telle conformitéy et si dans les règles d'une saine logique, ce seul fait^ constaté par des exemples, par des citations que j'eusse pu multi- plier, ne suffirait pas pour démontrer que toutes ces acceptions ont primitivement été foumies par un idiome qui a été la source

' Yoyez dans le Lexique romanf verbo a , les diflTérentes citations qui proavent qne , dans ces sixlangues, cette préposition signiGa i**. après, t^. ave<;, 5®. aaprès, 4^. conime, en qnalité de, 5^ contre, 6''. de, devant, en présence de, 7*. dans, en, 8*. envers, à Pégard de, g^ lors de, au moment de, 10®. par, ii*. pendant, durant, i3^. pour, afin de, à l'eíFet de, i3'. selon, d'après, conformémentà, i5*. sur, i6*. vers.

SDR LA LANGUE HOMANE. xvîj

ramimiTìe ont poisé toutes ces langues. Au reste , si j'insiste sur eette oommunauté d'origine , - que tant de preuyes matérielles , iuslioríqiBes et morales foumissent à l'enTÌ , oe n'est pas que l'adop- faOD oa la reoonnaissance de oe point de départ soit aucunement néoessaire au sucoès de mes in¥estigations ; mais c'est parce que jai cm qa'il était de mon devoir 4'l^îdtorien des langues néo- htÌDesy d'en índiquer la source; et j'ose croirequ'on m'aurait jm- paté à omìssion d'avoir gardé le silence à cet égard.

Âprès aYOÌr démontré que, sous le rapport le^ioographique , de méBie que pour les formes grammaticales , les langues de l'Europe latme rérèlent , par une infinité de relations et de rapports , une origine Gonmrane^ il me reste à foumir des preuyes également iirécQsables de oe fait , non ìnoins positif , que la langue des trou-*- badoars , la romane provençale , avait l^ première acquis le carac- tère propre et spécial qui la distingue, en consenrant, plus exac- teaient que les autres, la oontexture lexicographique des mots du tjpe primitif, de méme que j 'ai déjà eu l'occasion de constater qu'elle Goi aYaìt adopté plus explicitement les formes grammaticales ; en dautres termes, j'ai à établir qu'elle fut jfixée et méme perfection* Dce aTant que les autres langues néo-latines eussent atteint leur fixité et lenr perfectionnement.

L'éridenee de cette antériorité résulte des monuments ménies de oette langne. Dès l'an 947 , <m en trouye des fragments dans des actes publics \ II est positif que le poême sur Boece est d'one époque plus ancienne que l'an 1 000. Mais ce qui permet moms enoore d'éleyer du doute sur cette antériorité, c'est Tétat de oette langue à l'époque remontent les plus aneiennes poésîes des tronbadours qui soient parvenues jusqu'à nous.

Le style du comte de Poitiers, dont les écrits appartiennent in- cootestablement à la seoonde moitié du xi* siècle, mérite de fîxer rattentíon. Ce style est aussi olair, aussi correct, aussi harmo-

' Yojct cî-deMiiSy page xt, nole 5. I. c

XYÍij RECBERCHES PHILOLOGIQtTES

nieux que celui des troubadoUrs qai briUèrent póstérieorêmefìt. Pour comprendre les Ters du comtede Poitiers, pour les traduire, il n'y a nulle concession à faire, nulle supposition à établir; il a écrít comme écrivaient au xiì* et au xiit" siècle Bemard de Ven* tadour, Arnaud de Marueil, Cadenet, etc.^ etc.

Cette ciroonstance serait peu^-étre suífisante et décisÌTe pour faire admettre que dès le xi* siècle la langue des troubadours étaît fixée et méme perfectionnée ; mais oe qui ajoute enoore à la convio- tion , c'est cette diversité des formes poétiques , cette yaríété des combinaisons de la mesure et de la rime non moins ingénieuses qu'heureusement harmonisées, qui sont aussi anciennes que les plus anciens monuments littéraires connus. Cet admirable mécanisme de Tersification , la divìsion des pièces en couplets , Fart de mé- langer les vers demesurediffórente, d'enrichirle rhytjimepar reo- trelacementy par la correspondance des rimes, soit dans le méme couplet , soit d'un oouplet à l'autre , et une foule d'autres omements enfin , qui se reproduisent dans tous leurs ouvrages , sont autant de preuves irrécusables de I'état avancé la poésie , et consáquem- ment la langue des troubadours , était parvenue long-temps avant les autres langu^ néo-Iatines ; et si I'on yeut bien se rappeler qne le comte Rambaut d'Orange , qui écrivait dans la première moitíé du XII* siècle, parle dans ses vers des troubadours des temps passés, on devra néoessairement être porté a croire que ni I'art du lan- gage poli, ni I'art, non moins remarquable ^ de préter à celdngage toiis les charmes de I'harmonie par le nombre et la cadence , ue commencèrent au comte de Poitìers, c'esf>à-dire au ^i* sièclc. Tenons donc pour constant que la langue des troubadours , la ro- mane provençale, sortte immédiatement du type primitîf, c'est- à-dire de la romane rustâque , se forma et se perfectionna avant les autres langues de l'Europe latine.

SUR LA LANGUE ROMANE. xit

ÉTUDE PHILOSOPHIQUE DES LANGUES.

Oms ma GràiihXirb gomparée des langues db l'Europe latine % jaí ÌDdiqiié les rapports intimes et primitifs^ les formé^ identìqûes, fecaractères commmis de ces langues entre elles; dans le discom^ jitfliminaire placé en téte de cette grammaire^ j'ai signalé les rapports ptos particnlîers de chacune de ces langues àyec la langue des troubadours ; et de la sorte , je suis parvenu à formulèr les règles principales, au moyen desquelles on peut toujours reconnaître les diffírentes modifications que leur firent subir ces diyerses langues.

0 me reste maintenant a examiner quelles furent les causes qui nnenèrent ces modìfications et comment elles s'opérèrent.

PASS46E DE LA LANGUB RUSTIQUE ROMANE A CELLE DES TROUVÈRES.

J'ai essayé de prouTCr dans mes Observations philologiques et aAiniATicAUS suR LB ROMAN DB Rou*, quc l'ancien français, la Itngoe des trouYères , différait très peu de la langue des trouba- <loQn; je disais à cette occasion : la prononciation des mots íîit la principale des canses qui établirent une diíFérenoe , plus apparente qQeréelle, entre ces deux langues* En efiet, les habitants du nord^ ks tromrères, prononcèrent et écrivirent err e la jJupart des finales etdesassonnances qui étaient écrites et prononcées en a^ soit dans le latin ancien ou contHnpu , dont la rustique romane s'était formée , floit dans I'tdiome des troubadours qui en était dérivé ; c'est ainsi , poor me bomer îcî à un seul exemple , que de TRiNiTATem la ro- i^ prínûtìTe tira le substantif TRiNrrAT adopté par les trouba- ^ows, ct dont les trouvères firent trinitot. II en fiit de méme dcs ^ectifii verbanx ou participes analogues r APPELATiim, apelat, imeo; MONSTRATicmy tfONSTRAT, MONSTR^, ctc. Cette altération

' Ud folmne m-8% imprímerìe de Firmin Didot, ches Silvestre, libraire. * Brochure in-B^ de lao paget, Ronen, chez Édooard, éditeor.

XX RECHERCHES PHILOLOGIQUES

remonte. très haut , puisque ces deux derniers exemples sont tirés des lois de Guillaume-le-Conquérant*

Mais cette cause de diíTérence n'est pas la seiile qui e^dste entre les deux langues; en effet^ non seulement les finales en a dans la langue des troubadours furent changées en b muet par les trou- yères, mais encore oet e muet rémplaça dans leur langue les finales en I et en o muettes dans les troubadours ;

Laiin, Trouhadours, Trout^ères,

SuBmifTiFS. Edíficium^ edîficî , édific^.

Servîcízim^ servíci, service.

Adjegtifs. Adyersarltt^, adversarî^ adversair^.

Usurarlzcr^ usurarí, usuraire.

Les trouyères employèrrat aussi primitÌTement lo et co, comme les trouliadours, et les changèrent ensuite en le et ce.

U est donc matériellement vrai que pendant long-temps, et dans dÌTers pays^ l'ancien français a conservé des traces incontestables, des signes évidents de l'ancienne rustique romane et de la langue des troubadours ; tellement qu'on pourrait appliquer à cet état de choses l'axiome de jurisprudence per signum reUnetur signatum.

II me serait facile, sur un pareil sujet, d'accumuler beaucoupde citations; mais je me bomerai^ et je dois me. bomer à quelques autres exemples* JjCs plus anciens monuments de la langue offrent une foule d'assonnances ou de finales qui jusqu'alors, dans la langue des trouvèresy s'étaient conservées identiquement les mémes que dans celle des troubadours. Dans le Roman de Rou, les finales en AN, OR, AL, os, qui appartienncnt essentiellement à la langue des troubadours , se trouyent employées très communément en place des terminaisons en , our, eur , el, ous et eux. Ainsi , on y lit

CRESTIAN f PAIAN , pOUr GRESTI^/2^ VKien; AMOR f DOLOR , pOUr AMOUT,

jH}ìJLeur; tal, mortal^ au lieu de Tel, MORTe/y glorios, en place de Gvotiious et GLORieoo:. Dans les monuments postérieurs , cette similitude de finales devient moins commune; ipais les désinences en OR et en al se rencontrent encore assez souTCnt dans le Ronutn

SfJR LA lÀNGUE ROMANE. xxj

duliauiri, dans les poésies de Marie de France^ et dans la plu- part de$ oavrages du xiii* «iècle.

Oms la romane primitiye, plusiem's sfubstantifs masculins míeDt k tcrmînaison en aìbb , bire , ire pour le sujet au singu- Sff, et en auor , edqr et idor pour les r^imes du singulier , le flîetet les r^imes du pluriel. L*ancien français admit et con- ma h tenninaison erres pour le sujet du singulier , adour ou RR poor les régimes du singulier et le sujet et les régimes du plu- rìel. Ainsi , de cantaire et camtador , les trouyères firent çhan- unes, CÈjrtadour ou CHANT^r.

Toatefoîsy quelque remarquables quesoient ces détails^ ìl est eDcore des faits qui dQÌyent plus particulièrement fixer I'attentìon; tebfont oeax qnì résultent de I'analysedu Chronicon Francor^m^f qoi oontient mi bon nombre de passages de la Chronique de TarpÌQy mais qui remonte beaucoup plus haut que cette chro^ Qiqae. Dans ce manuscrit^ le mélange des deux langues se réyèle àdiaqae page. Les morceaux suiyants, que j'en ai extraits, suffi- nmt pour donner une idée de ce mélange :

Tita. . . . feiria Festoini* . . . metre. . .

De Ìâtiii ea romaiiz senz ríma. . grant joia. . . Fredegunda . . . de poUra got. . . . sa dama la reina Audoera. .'. . Andoyera la reina remest preing. . . . una fla.. . . eesta fez. . . . terra. . . . per ayentura. . . destra .... una .... tota cela tont.... mia TÌla. dita Yictoríaçus. . sa genz lo . . . batalia . . . fenia .... obIíi latalia. . . . longîa aas Franceis de cesfa ni . . . . fravaliosa , quar li saison de ^^ermaiiÌGa... . la copa«... nostra dama. . rabaia.... entre lo.^,» per PMr.« . . de la teira I etc. y etc.

f bsieors actes , rédigés dans le Bourbonnais ^ attestent le pas- age d'une hngne à Tautre ; c'est ainsi qu'on lit dans ces actes :

1276. Qne com nobla dama. a ma via ma mayson Lent. . . . tant tost tornar. . . dita dama en cesta donation. dita donationi^ . nîguna .... de laipHff. . testa. . . davant la festa. . . .

MamiscrítdebBiblìoÚièqiierojale, coté loSo^-S, Golbert 4764.

xxîj REGHERCHES PHILOLOGIQUES

1337, . . i De ia recetta de Tain xzxuji quatre seten de fromaat, de qyal blat, ... los dessus oomax. . . . et faraj quíttar, . . . dilluns aTaut. . . . mil c.c.c. tranta et set. . . .

i338. .... De la acensa.,«. blat..,« sozoens,deranxzxij..,. eoquitta....

1339. . . fit fiiray . . . quitar. ... e o. . . . Tan mil xxxix. . , . de la acensa.

1 3oo Dama de Guinegas .... en hi cbatellenia de Vemeuil .... de

\sL Porta , femma Odonin. . . . la terra. . . a lla requesta. . . lo jor de la festa. ...

La bibliothéque de Tours possède un manuscrit de la vie de sainte Catherine, en vers de huit syllabes^ Cet ouTrage, tradoit en lángue provençale par Auméric , nioine de Saint-Michei , est remarquable sous plusieurs rapports^

Le langage ófire un mélange de français et de provençal très tranchéy et comme il est vraisemblable qíie ce langage est celui de l'auteur , il foumirait un exemple de coUision des deux langues ; c'est-à-dire y il donnerait la preuve de la désuétude tombait le provençal ancien par suite de renyahissement successif du français.

II est à noter que Tauteur écrivait sur la limite des deu^ langues; près des bords de la Loire.^ et que son langage^ en se détachant des ìnflexions provençales, acceptait les inflexions írançaises.

A Deu nos somes oonvertiy Et de tei nos parte'm ici.... n esi vers Deus et íh vers hom.... Anc li cbarz ni la vesteura, rïon sentít desJUunmes l'arsura.... De l*una part sunt li doctor.... Ergoillos sunt per lor derzia, Mais per neent chascuns se fia, £t la dama de Fautra part.... La puceìla soleta era....

Gesta puceUa que molt am,

De la qual eu et tu parbm,

Ben veiUoie et non dormîa....

Si a Funs son glaive trait ,

A la dama trencba la testa ;

El mes de novembre est sa festa...*

Amia, ven segurament

A Deu, cui as servi tan gent...

Amia bella,*douza, ven,

Et non dópter de nuUa ren.

Dans une charte déposée à la bibliothéque publique dePoitierS) qui confirme les coutumes de Charroux en Foitou^ établíe par Au-

Smi LA LANGUE ROMANE. xxîîj

ddxrtỳ oomt^de la Marche y on trouTe plusièurs mots de la langue dtttroabadouTs miHés aTec oelle des trouTeres.

Séftmtíjs. Sagráment.... en la disma.... preera.... tenda.... blat.;.. lor lodL... la oni..«. ni vita. '

Jí^eeiifs. Tota.... plan..., negns honi..,. esmognt. Ferba. Confirmey.... donet. Mv. prepos. conj. Solament.... non alhors.... dementre qne.... mas.... mas

fUBt

Lorsque j'însiste sur le fait important de ce mélange des deux iangoes^ je suis loin d'en induire qu'aux époques on le trouve encore, sur les limites des pays qui avaient, les demiers, con- servé les tracès de la séparation de la langue oommune en deux idíomesy il existát pareillement, dans le nord de la France, des restes aussi éridents , des traces aussi manifestes de I'ancienne com- mimaiité de langage, mais je crois que ce qui se passait au xii* et aa 1111« siècle , en quelques proYÌnces du centre , nous explique assee dairement ce qui s'était passé antérieurement dans les pro- linoesseptentrionales, souvent le changement opéré dans lesìn- flexions des mots ne pénétra pas dans I'intérieur de ces mots, tandis^ aucontraire, que lorsqu'il s'appliquait à leur intérieur, il se fit d'une manîcre irrégulière et capricieuse. Âinsi, I'ancien français, chan- geant en e Va que les troubadours employaient dans les inflexions , dit MORT^ après avoir dit MORrah, et oífrit cependàntla singulière anomalie de conservèr cet a dans mort£Ilite.

D en fut de méme pour les mots criminal , natural , spiRrruAL , dont il fit CRiMiN^L, NATURd , spiRrTueL, quoiqu'il gardát Ya dans

aiMlJraLITE, NATURaLISTE, NATURaLItÉ , SPIRrrUûLISTE , SPIRITUa-

Lfrí, etc.

Qoant aux anomalies plus choquantes encore qui se rencontrent <ians rintérieiír des mots , en yoici quelques exemples qui suffiront^ je pense, pour faire ressortir toute la vérité du fait que j'ai signalé.

Da substantif cABALLK<9^ latin, était venu caval, dans la langue troubadours ; celle des trouvères , en changeant I'a intérieur » ï, produisit cnevAL, maìs elle a gardé cAVALÍer, CAVAu?n>^

xxÌT REGHERGHES PHILOLOGIQUES

cK\ÁX£ades de méâote» de HAvem^ latin, les troubMÌonrs fireet NAU y que les trouyères tranâformèrent en NeF, en oonservant tonte- fois I'a primitif dans nayo/^ NAyire^ vAvJrage, fixy iguer^ etc.

Je terminerai en faisant obserrer que ces anomalies, quelque fréquentes qu'eUes soient , ne sont pas les seules que présénte la langue française ; elle en oíTre aussi sous un grand nombre d'autres formes, faciles à saisir quand on est familiarisé ayec la langue des troubadours.

Maintenant que Tidentité primitiye des deux idiomes ne saurait plus étre mise en doute , je vais essayer de démontrer rutilité des études philosophiques appliquées aux^ recherches historîques sur la signification primitîve des mots , c'estrà-dire , comment , . par le moyen des ressources qu'elles foumissent , on parvient à suiyre la filiation de leujrs différentes acceptions, en remontant vers leor orieine.

Ai-je k connaltre les moeurs , les usages , les lois , le caractère , le gouyernement , etc., d'un peuple qui n'existe plus , ou d'un peuple chez qui on ne peut pénétrer ? Si j'obtiens seulement le yo- cabulaire de leurs langues , il me réyèlera bientôt diyerses indica-